“Considéré par la critique depuis les quinze dernières années comme un artiste à part dans la création de l’art contemporain au Québec.”

Florentina Lungu - Carson

Florentina Lungu, B.A, M.A.
historienne, critique d’art
chroniqueuse au mensuel,
¨Vie des Arts¨.

10 juin 2004

Étude de l’oeuvre de Charles Carson

Florentina Lungu, 

B.A, M.A. historienne, critique d’art
et chroniqueur au mensuel, – ¨Vie des Arts¨.

Inventeur de la nature

On a beau y revenir ; regarder attentivement la peinture de Carson : se laisser submerge dans une nature paradisiaque coiffée par des animaux marins, des oiseaux, des arbres, des rivières, des océans et de quelques apparitions humaines. Adepte de mélanges des couleurs pures qui se déploient sur la toile sous les nombreux coups de la spatule assises légèrement en diagonales, Charles Carson, figure montante du marché de l’art canadienne, est considéré par la critique depuis les quinze dernières années comme un artiste à part dans la création de l’art contemporain au Québec. À y croire lorsqu’on regarde son œuvre dans laquelle l’enchevêtrement chromatique dynamique engendre par l’entremise de son propre style des formes naturelles reconnaissables, des lignes et des espaces qui vont s’accoupler à un all-over transparent.

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Florentina Lungu, B.A, M.A. historienne, critique d’art et chroniqueur au mensuel, – ¨Vie des Arts¨

Originaire de Montréal et malgré le fait que l’artiste lance ses premières essayes créatifs à un très jeune âge, Charles Carson s’est d’abord fait connaître en Amérique du Sud, plus précisément en Colombie où il a vécu et travaillé pendant un long laps de temps. Deux murales monumentales intitulées -El caballo de mar – se trouvant dans le hall de l’aéroport principal de la ville et – Yo hice lo que tu querias – représentant une scène religieuse pour l’église Santo Domingo ont été dédiées par Carson à son pays d’adoption. En effet, son apport à la culture de Carthagène a été souligné en 1997 lorsque la Société Aéroportuaire a érigé une statue, grandeur nature en bronze à son effigie.

Avant de créer un nouveaux style pictural intitulé carsonisme qui s’inscrit dans la lignée des – isme des mouvements modernistes, Charles Carson a peint beaucoup à la manière des classiques cherchant dans certaines toiles à reproduire le jeu entre l’ombre et la lumière des grands maîtres comme Rembrandt ou plus proche de nous, Van Gogh et Cézanne. Bref, pendant quinze années de recherches, l’artiste s’est lancé dans presque tous les styles picturaux afin qu’il puisse trouver sa propre voie. Par ailleurs, il devient important de souligner avant de faire l’analyse de ses œuvres que Carson dans sa quête de trouver un style original et une manière de faire unique a suivi volontairement l’émergence des éclats chromatiques de l’environnement sud-américain.

Qu’est-ce que nous donne à voir dans les œuvres réalisées du peintre dans le style du carsonisme et comment doit-on les interpréter? Chargées d’une impressionnante symbolique assujettie aux effets chromatiques intenses, le côté répétitif des touches qui courent en surface confère aux toiles une dynamique vitale, voire existentielle qui s’alimente constamment à travers une iconographie puisée au noyau de la nature même. Une émouvante élégance des formes et couleurs s’agencent inlassablement dans l’espace bidimensionnel des canevas afin de créer des compositions aux allures poétiques intenses.

De plus, le fait que l’être humain soit rarement représenté dans ses œuvres s’explique par le recours de l’artiste aux éléments naturels dont la symbolique fonctionne par analogie subtile à l’homme. Dans la structure chargée des masses colorées intenses composées de rouge, jaune, bleu, blanc, noir, vert, orange, ocre, et violet, se détachent des jardins remplis des fleurs, des arbres, des oiseaux, des différents animaux qui réunis chantent l’hymne d’une nature enchanteresse. Mais, le motif le plus récurent de ses œuvres reste le poisson. Symbole Mythique et religieux, le poisson connote tout un univers dont le sens continue au-delà de ces toiles.

Hormis les peintures qui relèvent du carsonisme, on peut remarquer la présence d’un deuxième style pictural chez Carson : les mosaïques qui se définissent par une fragmentation multiple, voire presque en all-over de la forme et des surfaces qui rappellent en un certain sens les mosaïques d’un Riopelle dans sa meilleur période des années 1950 ou, plus loin encore, les œuvres d’un Seurat ou d’un Signac identifiées sous le nom du divisionnisme tel qu’on avait connu à la fin du XIX siècle. Or, il me semble évident de souligner qu’un certain recul s’impose lorsqu’on regarde ces mosaïques afin que notre œil puisse distinguer la forme d’un hibou ou d’un immense oiseau peint généralement de face au centre du tableau. On pourrait lire à travers la symbolique de ces oiseaux solitaires de nuit un genre d’autoportrait de l’artiste, car autant la solitude que la nuit représentent des éléments indispensable pour Carson dans l’acte de peindre.

Si les œuvres qui se rattachent au carsonisme se situent à cheval entre l’abstraction et la figuration préférant autant le grand que le petit format, les mosaïques accentuent davantage cet effet abstrait qui s’exprime à travers une multitude des touches colorées et divisées remplissant uniformément la surface de la toile. Elles constituent les dernières recherches picturales dans l’œuvre de Carson et peuvent être admirées à la Galerie Richelieu qui représente l’artiste.

En guise de conclusion, il devient impératif de citer ici l’historien de l’art Guy Robert, fondateur du Musée d’art contemporain de Montréal, qui affirmait ceci par rapport à l’œuvre de Charles Carson :

«Le langage pictural de Carson propose une sorte de jeu du regard, en l’attirant et l’intriguant par des formes ambiguës qui se prêtent à diverses interprétations suivant le hasard des associations et la vivacité de l’imagination.»

Source : Étude de l’oeuvre de Charles Carson, Florentina Lungu.